Le temps est un élément non négligeable lors d'une prise de parole professionnelle. Il est compté, limité, minuté. Le temps est souvent subit par l'orateur et parfois par l'auditoire. Comment avoir conscience du temps ? Comment le gérer ? A suivre...

I/ Deux temps, trois mouvements

Le temps est perçu de deux manières :

-le temps explicite : celui de l'action qui se déroule à un moment T.

-le temps implicite : non encore vécu, un temps estimé.

Il arrive que les deux soient mis en relation, notamment dans le cas où le temps explicite dure plus longtemps que ce à quoi l'on s'attendait. Par exemple : le feu rouge dure plus longtemps que prévu, on se met à avoir conscience du temps qui passe et à attendre.

Assumer le temps : poser une montre sur la table, annoncer le temps que va durer la prise de parole ; autant de petites astuces qui permettent de lier le temps explicite et le temps implicite. Si on sait où se trouve le bout du chemin on y va plus volontiers.
Ce choix est laissé au bon vouloir de l'orateur, selon ses goûts on peut décider ou non d'annoncer avec précision le temps de parole. On veut avoir une marge de manœuvre ? On peut donner un ordre d'idée.

II/ Les émotions qui font le temps long

Sylvie Droit-Volet et Sandrine Gil, maîtresses de conférences au Centre de recherche CNRS sur la cognition et l'apprentissage ont mené une recherche sur la modification de la perception du temps induit par certains stimuli visuels notamment les films. En s'appuyant sur plusieurs séquences, elles ont constaté que la peur entraînait une surestimation temporelle, due à un phénomène physiologique (dilatation des pupilles, accélération du rythme cardiaque, etc.)

Sur l’estrade, sur scène, devant un auditoire, quand on a le trac le temps se dilate. On a l'impression d'être restée une vie, alors qu'on n'y a passé que quelques minutes.

III/ L'incarnation : une solution ?

Ces chercheuses se sont aussi intéressées à la perception du temps quand on observe une émotion chez quelqu'un d'autre.
Elles constatent que l'expression des sentiments observée sur le visage d'un individu modifie notre perception du temps.
Par exemple : quand on identifie un sentiment de honte chez la personne que l’on observe, notre perception du temps est raccourcie, cela est lié à notre besoin/ désir de comprendre l'origine du sentiment que l'on observe.

"Cette activité réflexive entraîne un détournement de l'attention du traitement du temps qui conduit à ce que le temps estimé paraisse plus court qu'il ne l'est en réalité", souligne Sylvie Droit-Volet.

Cette sous-estimation temporelle ne s'observe qu'à partir de 8 ans, lorsque l'enfant a appris la notion de honte.

Le temps long pour celui qui vit cette honte est réduit pour celui qui la perçoit. Pratique !

"La "théorie de l'esprit incarné" (encore nommée "théorie de la cognition incarnée") explique en quoi la perception des émotions d'autrui modifie notre perception du temps. Elle est sous-tendue par l'existence d'un processus interne de mimétisme ou de simulation de l'état émotionnel de l'autre qui nous permet de nous adapter à l'autre et de bien comprendre de ce qu'il ressent. Ainsi, lorsqu'un adolescent côtoie une personne âgée qui parle et marche plus lentement que lui, son horloge interne ralentit pour se synchroniser sur le temps du senior. Il se produit chez le jeune un ralentissement subjectif du temps qui permet à ces deux personnes de mieux interagir socialement. **"

Cette théorie peut se transposer à la prise de parole. Une prise de parole incarnée, vécue dans l'action et dans l'émotion par l'orateur paraîtra plus courte à l'auditeur car son esprit sera happé par ce qu'il est en train d'observer.
A contrario une prise de parole "désincarnée", "informative" paraît souvent plus longue.

LE CONSEIL DU JOUR

  • Rien ne sert de courir, il faut partir à point*

    Pas si vite !

    Accélérer c'est la fausse bonne idée. Prendre le temps, faire des pauses, aller au même rythme que sa pensée cela permet à l'auditeur de nous suivre !

    Perdre son auditoire c'est le laisser à la merci du temps et de ses acolytes : les smartphones et autres alarmes qui viennent nous rappeler que le temps passe que la pause approche, que l'on a une autre réunion ensuite et nous mène finalement hors du temps présent ailleurs vers le futur ou le passé.

A RETENIR !

  • Le temps n’est pas perçu par tous de la même manière, un film, une pièce de théâtre, un cours magistral, peut paraître long à certaines tandis que certains ne verraient pas le temps passer.
    « On doit mettre de côté le temps unique, seuls comptent les temps multiples, ceux de l’expérience***»

    Certes, alors relativisons, prenons notre temps, ralentissons, rien n'est pas perdu, le temps est perçu…

A vous de jouer et rendez-vous prochainement pour un nouvel article…

Angèle Arnaud

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*« Le Lièvre et la Tortue », Fables, Jean de la Fontaine
**Le Monde, sciences, 8 Novembre 2012, « Le temps, un sixième sens à explorer »
*** Bergson, Durée et simultanéité, à propos de la théorie d’Einstein
https://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/11/08/un-sixieme-sens-a-explorer_1787998_1650684.html