« Veillez seulement à faire corps avec votre tête. Faites savoir à votre carcasse qu’elle aussi a le droit de passer un moment agréable sur scène ! », Chris Anderson

Faire corps avec sa tête ? Vaste programme, qui semble insurmontable pour certains d’entre nous. Le corps est souvent considéré comme une contrainte que l’on préfère cacher derrière un pupitre. Que faire alors quand nous sommes catapultés au milieu d’un espace vide de 26 m2 ayant une capacité d’accueil de plus de 3000 spectateurs –oui, ça existe c’est la surface de la scène du Palais des congrès et ce n’est pas la plus grande !-. Voici quelques informations pour apprivoiser l’animal…

I/ Le corps oublié

L’émergence des nouveaux moyens de communications et des technologies robotiques nous permet d’oublier nos corps dans les gestes quotidiens.

L’écriture par exemple n’est plus si naturelle pour la plupart d’entre nous. « Ecrire à la main m'est devenu presque aussi exotique que scier du bois de chauffage ou aller chercher de l'eau à la fontaine** » dit le journaliste Hugues Serraf. Habitué aux nouvelles technologies, il raconte ne plus prendre de note et utiliser un enregistreur numérique. Si certains d’entre nous résistent encore et toujours à l’envahisseur, force est de constater que pour des raisons pratiques de productivité nous sommes en majorité poussés à ne plus utiliser nos dix doigts.

Ils ne sont pas les seuls en reste et notre corps entier tombe dans les affres de l’oisiveté. Il y a bien longtemps que l’époque des kilomètres parcourus à pieds par les marchands entre chaque village est close. Tant mieux, vive le progrès ! Oui, mais il est nécessaire d’avoir conscience que ce dernier n’engendre pas que du positif. Avis à ceux et celles qui se sentent patauds, lourdauds, rabougris et surtout complétement assujettis à leurs propres corps.

La compagnie Stomp fait de la percussion avec les objets et gestes du quotidien. Ouvrir ses oreilles et ses yeux à nos gestes journaliers c’est un premier moyen de reprendre le contrôle de nos corps.

II/ Le corps retrouvé

Un corps libre c’est un corps ancré

En situation de prise de parole professionnelle, le corps est essentiel car il est notre résonateur. Il permet de donner de la puissance et de la vie aux phrases que nous prononçons.

Un corps assumé, les deux pieds dans le sol, les genoux légèrement plié, les bras libre pour élargir nos gestes. En position assise le haut du corps est la seule partie visible, mobile, il permet d'incarner notre parole.

Des déplacements précis contre la peur du vide.

Quand on ne sait pas où on va, ce que l’on dit, ce que l’on fait, des gestes parasites, des tics apparaissent : nous sommes en situation de flottement, d’attente.

Le secret : fixer ses déplacements. Avant d’entrer en scène visualisez l’endroit où vous allez vous rendre (derrière un pupitre, en avant-scène etc.), cela vous permettra d’avoir une assurance.

Le pupitre, le micro, les chaises et autres accessoires structurants l’espace sont des appuis et non des contraintes.
Ils ne sont pas là pour vous empêcher, bien au contraire.

Le pupitre donne une importance au haut du corps, les mains, les bras, le buste.
Un conseil : économisez-vous, il n’est pas nécessaire de gesticuler, en revanche n’hésitez pas à agrandir chacun de vos mouvements.

Un micro nécessite un petit entraînement pour savoir se placer à bonne hauteur. Encore une fois le haut du corps n’est libre que lorsque le bas est bien ancré.

Tout espace mérite d’être appréhendé. Si vous avez déjà vu l’espace entraînez-vous chez vous à le visualiser pour anticiper vos déplacements. Si vous n’y avez pas accès avant le jour J, vous pouvez poser certaines questions indispensables : y aura-t-il un micro, un pupitre, un écran, l’espace est-il grand, large, en profondeur ? Ainsi il vous sera possible d’anticiper et de vous entraîner en amont.

Difficile ?

Camille Emmanuelle fait le récit de son expérience de « drag-king »***, dans son livre Sexpowerment, « on apprend à s’asseoir comme un homme dans le métro (les jambes bien écartées), à marcher dans la rue comme un homme, à trinquer, à serrer la main, à dire bonjour, à danser virilement. Bien sûr, tous les hommes n’ont pas cette attitude ultra-virile. Mais qu’est-ce qu’on découvre ? Qu’en tant que femmes, on a imité, plus jeunes, nos mères, nos sœurs, nos tantes, nos copines. On a appris à être souriantes, avenantes, souples. Comme de nombreuses femmes, je croise les jambes et ne mets souvent qu’une moitié de fesse sur la banquette du métro lorsque je me retrouve côté d’un homme aux jambes écartées. »

Nos corps ont une histoire sociale et culturelle. En prendre conscience c’est les apprivoiser et ainsi se les réapproprier.

LE CONSEIL DU JOUR

  • Echauffez-vous physiquement ! Avant une prise de parole professionnelle, n’hésitez pas à faire bouger votre corps.
    Des micros-mouvements et étirements suffisent, ils peuvent être réalisés en toutes circonstances.

    Si vous avez un endroit à disposition pour vous préparer choisissez une musique qui correspond à l’énergie dont vous aurez besoin pour votre prise de parole et faites vos échauffements dessus.

A vous de jouer et rendez-vous le mois prochain pour un nouvel article…

Angèle Arnaud

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*Parler en public : le guide officiel TED, Chris Anderson

**Hugues Serraf, Je ne sais plus écrire à la main, http://www.slate.fr/story/49025/je-ne-sais-plus-ecrire-la-main

*** Camille Emmanuelle, Sexpowerment, Anne Carrière, Paris, 2016, « drag-king : c’est l’inverse de drag-queen. Des femmes qui se transforment en hommes, le temps d’une soirée, d’une performance. »